Patrick Lagacé
La Presse
« M. Cournoyer était parmi les éminents Québécois qui ont signé, à la fin du mois d’avril, une lettre enjoignant au gouvernement de parler avec les étudiants. Je cite : «Jamais, dans des moments dramatiques, le gouvernement du Québec, l’État québécois, n’a-t-il opposé une aussi incompréhensible fin de non-recevoir aux groupes s’opposant à ses volontés.»
Ce n’est pas – contrairement à ce que certains esprits tordus pensent – excuser la violence des casseurs que de constater ce fait : l’inaction du gouvernement de Jean Charest, pendant des semaines, n’a rien fait pour calmer le jeu, dans la rue.
Au moment d’écrire ces lignes, pour la première fois, le gouvernement négocie vraiment avec les étudiants, qu’il a convoqués hier à 16 h, à Québec. À la table : le négociateur de Québec ainsi que la ministre Line Beauchamp et la présidente du Conseil du Trésor, Michelle Courchesne; les trois associations étudiantes, de l’autre.
Le hic, c’est que cette réunion aurait dû avoir lieu il y a des semaines. Elle aurait dû avoir lieu, tiens, quand les manifestations n’avaient pas encore été piratées par les amateurs du lancer du pavé. Après le 22 mars, par exemple, quand plus de 100 000 étudiants avaient défilé, pacifiquement, joyeusement, à Montréal.
Le hic, bien sûr, c’est que l’intransigeance des libéraux devant les étudiants a été payante, politiquement. Le sondage de La Presse l’a bien montré, hier. Devant le chaos, le peuple irrité se rallie derrière l’incarnation de l’ordre : le gouvernement.
C’est ici l’effet pervers de la saleté dont je parlais plus haut, un effet que peu d’entre nous avaient entrevu jusqu’à tout récemment : elle profite à celui qui l’a laissée là, sur notre comptoir collectif. »