Montréal, le 27 septembre 2012
Madame la Première Ministre,
Nous tenons à vous féliciter pour votre victoire électorale et pour être devenue la première femme à la tête du Québec. Nous saluons votre réussite et nous nous réjouissons de vous savoir de notre côté dans la lutte qu’ont menée nos étudiantes et nos étudiants depuis bientôt sept mois.
Votre détermination à annuler la hausse des frais de scolarité et à révoquer la loi 12 est chaleureusement accueillie : nous étions convaincus que vous tiendriez parole, malgré votre gouvernement minoritaire. Nous croyons que votre détermination saura tenir tête à ceux qui ont défendu, qui défendent et qui persisteront à défendre une vision marchande de l’éducation et une perception strictement électorale de la politique.
Nous encourageons votre engagement à maintenir le gel des frais de scolarité jusqu’au sommet sur l’enseignement supérieur, et c’est avec impatience que nous attendons ce moment pour y prendre part. Nous sommes convaincus que vous inviterez toutes les actrices et tous les acteurs du milieu de l’éducation ainsi que les groupes d’intérêt. À ce titre, vous connaissez assurément le rôle de notre groupe, Profs contre la hausse, qui a soutenu les étudiantes et les étudiants pendant leur grève, en plus de nourrir des discussions sur l’éducation postsecondaire et celui des enseignantes et enseignants chargés de cours, souvent moins représentés que les professeures et professseurs des universités.
Mais nous croyons qu’il y a plus pressant.
On vous a accusée d’avoir choisi la rue. Toutefois, vous savez que celles et ceux qui sont descendus dans la rue n’étaient ni des criminels ni des envahisseurs venus d’ailleurs, mais bien des Québécoises et des Québécois épris de justice, des contribuables qui revendiquaient une plus grande équité sociale. Votre choix de la rue prouve que vous avez mis la justice au-dessus des lois. Bien entendu, nous ne sommes pas contre la loi ni l’ordre, en autant qu’ils demeurent au service de la justice.
Cependant, nous avons le sentiment que cela n’a pas été le cas au cours de ce conflit : non seulement les forces policières ont fait du profilage social, mais elles ont abusé de leur pouvoir en matraquant sans discernement les manifestantes et les manifestants qui, pour la très grande majorité, sont demeurés pacifiques. Ces forces policières ont manqué de respect envers les citoyennes et les citoyens. Elles ont, par exemple, imposé des amendes à des militantes et des militants pour avoir enfreint le code la sécurité routière alors que c’était en fait leur participation à une manifestation qui était sanctionnée. À cet effet, l’accusation d’incitation à craindre des activités terroristes pour les quatre étudiants ayant lancé des fumigènes dans le métro était pour le moins exagérée. Si terreur il y a eu, elle a été causée par les autorités qui ont omis de communiquer l’information nécessaire aux usagères et usagers et qui ont maintenu fermées les portes du métro pendant trois heures, alors que la STM avait pourtant annoncé que le nouveau système de ventilation pouvait évacuer tout gaz toxique en quelques minutes. C’est pourquoi nous vous demandons de lever toutes les sanctions, les accusations au criminel et les amendes qui ont été émises en regard avec le conflit étudiant.
Nous vous serions également reconnaissants de faire ce qui est en votre pouvoir pour inciter les Ministères de l’Éducation ainsi que les institutions d’enseignement à cesser leurs mesures répressives contre les élèves qui ont fait la grève et contre leurs professeures et professeurs qui l’ont défendue. Ces mesures revanchardes (notons seulement le retard de l’aide financière aux grévistes et les pressions de certaines administrations) constituent une attaque indirecte à la liberté d’expression.
Ce que nous vous demandons, Madame la Première Ministre, c’est le courage politique de continuer à soutenir les étudiantes et les étudiants qui ont éveillé le Québec. Nous savons qu’il vous en faudra beaucoup, et nous avons confiance en votre leadership.
Veuillez accepter, Madame, nos salutations distinguées et, encore une fois, nos sincères félicitations.
Les Profs contre la hausse suivants ont signé cette lettre :
Simon Lanctôt, Isabelle Baez, Anne Bérubé, Denise Ally, Isabelle Larrivée, A. Hadi Qaderi, Chrystian Ouellet, Michel Seymour, Stéphane Thellen, René Gour, Charles Gill, Mathieu Teasdale, Sandrine Ricci, Julie-Andrée Rostan, Julien F. Villeneuve, Thérèse St-Gelais, Guy Bourbonnais, Caroline Dawson, Nicholas Dawson, Mary Ellen Davis, Diane Gendron, Sébastien Bage, Murielle Chapuis, Anne-Marie Miller, Sylvie Gougeon, Juan Carlos Castro, Martin Gallié, René Lapierre, Stéphane Bernard, Philippe de Grosbois, Isabelle Pontbriand, Audrey Lamy, Sylvie Béland, Michèle St-Denis, Line Vaillancourt, Isabelle Duschene, Anne-Marie Le Saux, Benoît Guilmain, Anne-Marie Claret, Any Guay, Patricia Lamontagne, François Godin et Martin Soucy.