Billets

Le Sommet de l’éducation supérieure : à chacun son camp de base

par Michel Seymour

Addendum au livre Une idée de l’université, pour ceux qui ont le temps de le lire.

Il y a un an, le gouvernement du Québec prétendait qu’il n’y avait aucun lien entre les droits de scolarité et l’accessibilité. Nous avions bien évidemment déjà plusieurs raisons de douter de cette affirmation, à commencer par le fait que le Gouvernement reconnaissait du même souffle la nécessité d’accompagner la hausse des droits de scolarité de mesures visant à améliorer les prêts et bourses. La question se posait alors de façon lancinante : pourquoi fallait-il améliorer les prêts et bourses, si ce n’était pas pour compenser l’impact négatif de la hausse sur l’accessibilité?

Mais voilà que les adversaires de la gratuité reconnaissent maintenant l’impact négatif des droits de scolarité sur l’accessibilité. Comme premier exemple de ce changement de cap, on peut rapporter les propos du recteur de l’U de M, M. Guy Breton, qui a un « pincement » quand il constate que seuls les plus riches parmi les étudiants ont accès aux études de médecine. Tiens donc! Dans l’état actuel des choses, les enfants de familles riches sont ceux qui ont le plus souvent accès aux programmes de médecine. Le recteur admet donc la présence quasi exclusive d’étudiants provenant de milieux aisés dans les classes de médecine !  «Si on voulait rendre ça accessible à tout le monde, on s’est trompé», a-t-il soutenu. On aurait alors envie de dire : retroussons nos manches et faisons en sorte de rendre les programmes de médecine accessibles à toutes les personnes compétentes. Mais non, M. Breton recommande paradoxalement des hausses modulées qui feraient en sorte que ça coûterait encore plus cher d’accéder à des études de médecine! Comme correctif à l’iniquité, il choisit d’introduire plus d’iniquité encore ! Lire la suite

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Lettre à Pauline Marois

Montréal, le 27 septembre 2012
Madame la Première Ministre,
 Nous tenons à vous féliciter pour votre victoire électorale et pour être devenue la première femme à la tête du Québec. Nous saluons votre réussite et nous nous réjouissons de vous savoir de notre côté dans la lutte qu’ont menée nos étudiantes et nos étudiants depuis bientôt sept mois.
Votre détermination à annuler la hausse des frais de scolarité et à révoquer la loi 12 est chaleureusement accueillie : nous étions convaincus que vous tiendriez parole, malgré votre gouvernement minoritaire. Nous croyons que votre détermination saura tenir tête à ceux qui ont défendu, qui défendent et qui persisteront à défendre une vision marchande de l’éducation et une perception strictement électorale de la politique.
Nous encourageons votre engagement à maintenir le gel des frais de scolarité jusqu’au sommet sur l’enseignement supérieur, et c’est avec impatience que nous attendons ce moment pour y prendre part. Nous sommes convaincus que vous inviterez toutes les actrices et tous les acteurs du milieu de l’éducation ainsi que les groupes d’intérêt. À ce titre, vous connaissez assurément le rôle de notre groupe, Profs contre la hausse, qui a soutenu les étudiantes et les étudiants pendant leur grève, en plus de nourrir des discussions sur l’éducation postsecondaire et celui des enseignantes et enseignants chargés de cours, souvent moins représentés que les professeures et professseurs des universités.
Mais nous croyons qu’il y a plus pressant.
On vous a accusée d’avoir choisi la rue. Toutefois, vous savez que celles et ceux qui sont descendus dans la rue n’étaient ni des criminels ni des envahisseurs venus d’ailleurs, mais bien des Québécoises et des Québécois épris de justice, des contribuables qui revendiquaient une plus grande équité sociale. Votre choix de la rue prouve que vous avez mis la justice au-dessus des lois.  Bien entendu, nous ne sommes pas contre la loi ni l’ordre, en autant qu’ils demeurent au service de la justice.
Cependant, nous avons le sentiment que cela n’a pas été le cas au cours de ce conflit : non seulement les forces policières ont fait du profilage social, mais elles ont abusé de leur pouvoir en matraquant sans discernement les manifestantes et les manifestants qui, pour la très grande majorité, sont demeurés pacifiques. Ces forces policières ont manqué de respect envers les citoyennes et les citoyens. Elles ont, par exemple, imposé des amendes à des militantes et des militants pour avoir enfreint le code la sécurité routière alors que c’était en fait leur participation à une manifestation qui était sanctionnée. À cet effet, l’accusation d’incitation à craindre des activités terroristes pour les quatre étudiants ayant lancé des fumigènes dans le métro était pour le moins exagérée. Si terreur il y a eu, elle a été causée par les autorités qui ont omis de communiquer l’information nécessaire aux usagères et usagers et qui ont maintenu fermées les portes du métro pendant trois heures, alors que la STM avait pourtant annoncé que le nouveau système de ventilation pouvait évacuer tout gaz toxique en quelques minutes. C’est pourquoi nous vous demandons de lever toutes les sanctions, les accusations au criminel et les amendes qui ont été émises en regard avec le conflit étudiant.
Nous vous serions également reconnaissants de faire ce qui est en votre pouvoir pour inciter les Ministères de l’Éducation ainsi que les institutions d’enseignement à cesser leurs mesures répressives contre les élèves qui ont fait la grève et contre leurs professeures et professeurs qui l’ont défendue. Ces mesures revanchardes (notons seulement le retard de l’aide financière aux grévistes et les pressions de certaines administrations) constituent une attaque indirecte à la liberté d’expression.
Ce que nous vous demandons, Madame la Première Ministre, c’est le courage politique de continuer à soutenir les étudiantes et les étudiants qui ont éveillé le Québec. Nous savons qu’il vous en faudra beaucoup, et nous avons confiance en votre leadership.
Veuillez accepter, Madame, nos salutations distinguées et, encore une fois, nos sincères félicitations.
Les Profs contre la hausse suivants ont signé cette lettre :
Simon Lanctôt, Isabelle Baez, Anne Bérubé, Denise Ally, Isabelle Larrivée, A. Hadi Qaderi, Chrystian Ouellet, Michel Seymour, Stéphane Thellen, René Gour, Charles Gill, Mathieu Teasdale, Sandrine Ricci, Julie-Andrée Rostan, Julien F. Villeneuve, Thérèse St-Gelais, Guy Bourbonnais, Caroline Dawson, Nicholas Dawson, Mary Ellen Davis, Diane Gendron, Sébastien Bage, Murielle Chapuis, Anne-Marie Miller, Sylvie Gougeon, Juan Carlos Castro, Martin Gallié, René Lapierre, Stéphane Bernard, Philippe de Grosbois, Isabelle Pontbriand, Audrey Lamy, Sylvie Béland, Michèle St-Denis, Line Vaillancourt, Isabelle Duschene, Anne-Marie Le Saux, Benoît Guilmain, Anne-Marie Claret, Any Guay, Patricia Lamontagne, François Godin et Martin Soucy.

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Journal des Profs Contre La Hausse

Salut à toi l’étudiantE

Ce journal nous le donnons aux étudiantEs qui ont su par leur mobilisation sans précédent dynamiser le paysage politique québécois. Leur parole luxuriante et leur opposition créative aux chantres de l’austérité et de la « juste part » nous motivent dans notre propre pratique de la liberté politique.

Nous, professeurEs contre la hausse, déployons ici nos plumes à la fois analytiques, polémiques, poétiques et impressionnistes. Cette tribune cherche à poursuivre la réflexion sur les enjeux socio-politiques soulevés par la grève étudiante. Par cet acte de parole, nous espérons nourrir notre engagement politique commun en continuant de tisser les liens qui nous unissent désormais en tant que compagnons de luttes.

 (Suite dans l’édito du journal…)

Disponible en ligne! [PDF]

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La gratuité scolaire : utile même pour ceux qui n’iront jamais à l’université

Bien que ce soit en grande partie grâce aux étudiants que nous sommes actuellement en élections, presque personne ne semble s’intéresser à l’éducation dans cette campagne.
Pauline Marois a cependant abordé le sujet hier, en tenant malheureusement des propos forts peu édifiant :
«Je ne peux dire à la population du Québec que c’est possible d’avoir la gratuité au chapitre des droits de scolarité. C’est ce que je dis à ceux qui veulent voter pour Québec solidaire, que ce n’est pas possible. Si nous faisions cela, nous ne ferions rien d’autre. Nous devons avoir du respect pour tous les autres membres de la population, les autres citoyens»

Investir davantage en éducation, un manque de respect envers les citoyens qui ne vont pas à l’Université?
En ce qui concerne le manque de ressources du Québec à investir en éducation, il me semble qu’il suffit de constater que les smatboards que le gouvernement a décidé d’installer dans toutes les écoles secondaires coûtent à eux seul plus cher que le gel des frais de scolarité. L’argent est là, mais le gouvernement, fidèle en cela à la doctrine néolibérale, ne veut surtout pas d’une approche socialiste de l’éducation.
Mais il y pire encore dans la déclaration de Pauline Marois.
Comme tous ceux qui affirment qu’il est en un sens injuste que ceux qui n’iront jamais à l’université paient pour ceux qui y vont, la chef du PQ présuppose qu’une bonne éducation apporte un avantage avant tout personnel. Cette croyance repose sur une profonde mécompréhension de la notion de bien commun.  Le bien commun est le bien de la communauté politique en tant que telle. Une communauté a des intérêts qui dépassent ceux des individus qui la composent.  Même ceux qui n’iront jamais à l’école de leur vie ont tout intérêt à vivre dans une société où se trouve le plus grand nombre possible de personnes éduquées. Car plus une société est éduquée, plus elle est libre et démocratique. Les médias n’auront pas le choix de mieux faire leur travail s’ils savent que la population est plus instruite. Et ceci n’est qu’un exemple du bien que procure la gratuité scolaire à la communauté politique.
Nous voyons donc ici l’individualisme du discours de Pauline Marois.  Elle présuppose que c’est la somme des bonheurs individuels qui produit le bonheur général, et ne tient pas compte du bien de la communauté politique. Or, notre véritable intérêt personnel est l’intérêt collectif, car nous serions rien sans la société qui nous ce que nous sommes.
Les récents propos  de Pauline Marois sur les frais de scolarité sont un signe de sa mécompréhension de la notion de bien commun, notion pourtant essentielle à connaître pour qui se prétend apte à être chef d’un État.
François Doyon, enseigant en philosophie au cégep de Saint-Jérôme

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Briseurs de grève, injonctions et loi spéciale : dérive inquiétante de nos institutions démocratiques

La gestion par les trois branches de notre gouvernement de la plus grande grève étudiante de l’histoire du Québec met en évidence la fragilité de nos institutions démocratiques face à une attaque en règle contre nos acquis sociaux.

D’abord, le gouvernement a refusé  systématiquement de reconnaître la légitimité de syndicats étudiants qui sont pourtant l’élément structurant d’un régime législatif très défini. En effet, la Loi sur l’accréditation et le financement des associations d’élèves ou d’étudiants donne le mandat aux syndicats étudiants de « représenter [...] les élèves ou étudiants [...] et de promouvoir leurs intérêts ». Que veut dire le mot « intérêts »? Pressé à le préciser lors de la Commission parlementaire de l’éducation, qui était chargée de rédiger le projet de loi, le ministre de l’Éducation de l’époque, Camille Laurin, a dit que l’article cité « est compatible avec la définition très large qu’on peut donner au mot “intérêts”, en particulier avec les pratiques actuelles des associations d’étudiants qui ne se privent pas d’intervenir – nous le savons depuis plusieurs années – sur les problèmes politiques de l’heure ».   Lire la suite

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Lettre au recteur de l’Université de Montréal

Monsieur le recteur de l’Université de Montréal,

Si votre gestion de la grève étudiante avait déjà été jusqu’ici désastreuse, je ne trouve pas les mots pour décrire votre gestion de la journée d’hier.

Certes, nous avions déjà pu gouter aux nombreux courriels refusant d’accorder une légitimité à notre grève et employant abondamment le terme de boycott pour qualifier cette dernière,

Certes, nous avions pu voir votre peu de respect pour l’institution universitaire et son autonomie lorsque que vous qualifiez celle-ci de centre commercial,

Certes, nous avions déjà pu voir votre peu de considération pour la démocratie étudiante et les votes de grève adoptés en Assemblées Générales lorsqu’une injonction a été commandée malgré ces derniers,

Certes, nous avions déjà pu voir par cette décision unilatérale votre peu de respect du principe de collégialité et de l’ensemble de ceux qui constituent l’âme de l’université, à savoir les étudiants, les professeurs, chargés de cours et personnels administratifs,

Mais nous n’aurions pu imaginer que vous irez aussi loin.

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PCLH dans le magazine web Nous Autres

Il régnait en ce mardi 6 mars 2012 au Collège Ahuntsic une atmosphère des plus fébriles; plus d’une centaine de professeurs de cégeps et d’universités se réunissaient pour la première fois afin de mettre en commun leurs voix et leur résistance à la hausse des droits de scolarité. Un espace luxuriant d’action et de réflexion allait cristalliser les énergies militantes d’une multitude de professeurs qui souhaitaient s’investir dans la lutte initiée par les étudiants et étudiantes des Collèges et Universités du Québec.

L’idée de constituer un réseau d’action d’enseignants contre la hausse des droits de scolarité remonte à la fin de février 2012. À ce moment, les votes de grève s’enchaînent chez les étudiants, le mouvement tend à s’étendre. Plusieurs souhaitent que leur syndicat, leur fédération, leur centrale prenne part à cette lutte, en pensant notamment à la dernière grande grève étudiante, en 2005, alors que les centrales syndicales n’avaient pas mobilisé leurs membres de manière substantielle, même si les étudiants avaient construit un rapport de force sans précédent face au projet néolibéral du gouvernement Charest. Voyant que ce scénario risque de se répéter, quelques enseignants de Collèges montréalais décident de lancer une invitation pour une rencontre ayant pour but d’aller au-delà de l’appui aux étudiants en prenant part à la lutte que ceux-ci ont initiée.

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Une rentrée anxiogène pour les otages des libéraux

Par  - Dans plusieurs collèges et universités, les cours reprendront exceptionnellement à la mi-août. Ce ne sera pas une « rentrée » au sens habituel du terme. Ce que l’on ne sait pas et qui passe sous le radar des grands médias traditionnels, en effet, c’est que les étudiants devront « avaler » neuf semaines de cours en six et qu’ils devront se soumettre à quatre évaluations en moins d’un mois et demi. Les collèges et les universités, pour affronter la grève historique et le printemps québécois, ont eu l’obligation de proposer des calendriers modifiés au Ministère de l’éducation, du loisir et du sport. Le semestre d’hiver s’achèvera à la fin de septembre et celui d’automne, qui débutera au milieu d’octobre, se terminera extraordinairement en janvier 2013. Pour ceux qui veulent voir, on le voit bien : nous n’avons pas affaire à une session d’automne ordinaire parce que l’école a été oubliée par les libéraux. Le gouvernement libéral, pour être plus précis, a improvisé une sortie de crise en prenant en otage une partie de la population. Toutes les personnes qui ont été paralysées par la grève historique, une grève qui en vérité continue encore, sont aujourd’hui prises en otage et doivent obéir à de nouvelles consignes provenant d’en haut. Ce texte voudrait mieux faire comprendre la « non-rentrée » 2012 et montrer qu’une gouvernance politique est petite quand elle fait des otages au nom d’une stratégie électoraliste qui boude le bien commun. Lire la suite

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