Par Ryoa Chung.
Note préliminaire de l’auteure au sujet du Collectif 22
Ce blog est né d’un sentiment d’urgence pour dénoncer les dérives autoritaires de la loi 78. Mais les membres du Collectif 22 ont également adopté ce nom en hommage aux manifestations des 22 mars, avril et mai 2012. En dépit de la diversité des points de vue qui caractérise l’ensemble des auteurs, pluralité qu’il faut par ailleurs valoriser sur la place publique comme un gage de la liberté d’expression et du débat démocratique, les textes publiés sur ce site partagent toutefois en commun un intérêt évident à réfléchir sur le mouvement étudiant québécois. Dans l’anticipation, le souffle coupé, de la reprise des négociations entre les représentants des associations étudiantes et le gouvernement qui reprendront aujourd’hui, lundi le 28 mai à 14h00, j’aimerais profiter de l’occasion pour revenir sur un point plus précis des nombreux débats au sujet de la hausse des frais de scolarité qui ont marqué ces derniers mois et qui risque de revenir à la page dans les prochains jours. Je parle ici seulement en mon nom propre et n’engage nullement une position commune de la part du Collectif 22.
Point de départ : la proposition préconisée par le gouvernement (Remboursement Proportionnel au Revenu)
Je me permets ici d’exprimer quelques remarques critiques au sujet d’une des propositions préconisées par le gouvernement et défendue par plusieurs concitoyens et collègues (dont le fiscaliste Luc Godbout et le philosophe Jocelyn Maclure) concernant les mesures de remboursement des prêts étudiants proportionnels aux revenus (RPR). Ces commentaires ne diminuent en rien le respect et l’estime que l’on doit à tout interlocuteur sérieux et informé ayant le droit le plus légitime d’exposer ses positions sur la place publique avec, par ailleurs, beaucoup plus de nuances que je ne pourrais rendre ici (ces auteurs auront certainement l’occasion de présenter la finesse de leur position dans d’autres publications). Mais il importe sans doute d’émettre également quelques réserves critiques afin de clarifier les termes d’un débat collectif au sujet du financement de nos universités et de l’accessibilité aux études supérieures. En effet, dans la mesure où le gouvernementprésente auprès de l’opinion publique la solution du RPR comme une solution miraculeuse et comme la seule avancée progressiste à laquelle on peut aspirer en les présentes circonstances, il y a lieu de préciser que le RPR, en soi, n’est pas la panacée à tous les obstacles limitant l’accessibilité aux études supérieures.
Certes, l’offre gouvernementale implique une bonification du régime des prêts et bourses, comportant un élargissement des critères d’éligibilité aux bourses ainsi qu’à l’obtention de prêts. Ce qui signifie, en somme, que si beaucoup plus d’étudiants auront droit à des bourses, beaucoup plus d’étudiants auront également droit à des prêts – et s’endetteront – pour financer leurs études, bien que ceux-ci pourront les rembourser dans une certaine échelle temporelle, à un certain pourcentage de leur dette, à une certaine proportion de leur revenu. Comme on peut le constater, telle que présentée par le gouvernement, la proposition est d’une clarté inouïe. En vérité, le RPR ne peut, en soi, être une solution complète et idéale, même s’il s’agit d’une proposition importante qui mérite sérieusement d’être discutée (précisément, dans le cadre d’une consultation publique et démocratique sur l’avenir de l’éducation supérieure au Québec que le gouvernement refuse obstinément de tenir). La proposition du RPR doit absolument être accompagnée d’une réflexion approfondie au sujet des balises normatives et des mécanismes publics de contrôle de l’augmentation des frais de scolarité et ne peut être présentée de manière indépendante et suffisante.
Texte complet et blog du collectif 22 au http://blogs.mediapart.fr/blog/collectif22/280512/pourquoi-le-rpr-n-est-pas-une-solution-miraculeuse