Professeures et professeurs de la région de Québec, nous affirmons notre opposition à la hausse annoncée des frais de scolarité à l’université.
Faut-il le rappeler, le système d’éducation postsecondaire québécois est une réussite permettant, notamment, un meilleur accès aux études postsecondaires que dans les autres provinces canadiennes. Cette situation, attribuable en partie à des frais de scolarité relativement bas, est à la fois le résultat d’un choix de société en faveur d’une démocratisation et d’une accessibilité du savoir ainsi qu’un gage pour le futur dans un monde où une population éduquée n’est pas seulement un avantage concurrentiel, mais bien une nécessité sociale et démocratique.
Le gouvernement se propose maintenant d’augmenter de façon draconienne les frais universitaires, une hausse qui s’ajoute à celle des frais dits afférents. Une telle mesure, lorsque mise en place dans d’autres pays, comme récemment en Angleterre, a pourtant conduit à des résultats désastreux au chapitre de la fréquentation scolaire. Pis, il est à craindre que comme ce fut le cas à la suite des dernières hausses, la hausse annoncée des frais de scolarité ait également un impact sur la composition sociale des cohortes étudiantes, restreignant l’accès des étudiantes et des étudiants provenant de familles à moindres revenus. Pour nous, cette atteinte odieuse à la démocratisation du savoir et aux efforts faits pour élargir l’accès à la réussite du plus grand nombre de jeunes Québécoises et Québécois constitue un pillage de notre héritage et ne saurait être admise.
Nous sommes, par ailleurs, convaincus que la hausse proposée n’aurait aucun effet positif sur la « qualité de l’éducation »; bien au contraire, elle ouvre plus encore la porte au désengagement de l’État de sa mission éducative et, ce faisant, « refile la facture » à nos étudiantes et à nos étudiants en les incitant à devenir des clients. Loin de la revendication égoïste dont on les accuse trop facilement, le combat des étudiantes et des étudiants est également un combat politique pour des services publics accessibles, de qualité et financés collectivement selon des principes d’équité et de solidarité.
Les étudiantes et les étudiants en grève contre cette mesure annoncée dépassent maintenant la centaine de milliers au Québec. Bien que dans la région de Québec une majorité d’étudiantes et d’étudiants aient décidé de ne pas utiliser la grève comme moyen de pression, il faut rappeler qu’une majorité encore plus importante s’est aussi prononcée contre la hausse des frais de scolarité.
Aujourd’hui, alors que le gouvernement continue à faire la sourde oreille aux demandes des étudiantes et des étudiants, nous prenons à notre tour la parole publiquement afin d’affirmer notre opposition à la hausse des frais universitaires et notre appui aux étudiantes et aux étudiants en grève et en lutte contre la hausse des frais.
Convaincus que la hausse est une erreur grave qui réduira l’accessibilité à l’éducation universitaire tout en sapant les bases du modèle social québécois, nous appelons la population de Québec, parents, conjointes et conjoints, collègues, amies et amis, anciens et futurs étudiants et étudiantes, à militer contre la hausse et à soutenir eux aussi la lutte étudiante actuelle, car loin de faire une lutte corporatiste n’ayant d’impacts que sur une partie de la population, il s’agit de définir aujourd’hui le Québec qui sera le nôtre, pour toutes et tous, demain.
Québec, 13 mars 2012.
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