Par Dominic Desroches - Dans plusieurs collèges et universités, les cours reprendront exceptionnellement à la mi-août. Ce ne sera pas une « rentrée » au sens habituel du terme. Ce que l’on ne sait pas et qui passe sous le radar des grands médias traditionnels, en effet, c’est que les étudiants devront « avaler » neuf semaines de cours en six et qu’ils devront se soumettre à quatre évaluations en moins d’un mois et demi. Les collèges et les universités, pour affronter la grève historique et le printemps québécois, ont eu l’obligation de proposer des calendriers modifiés au Ministère de l’éducation, du loisir et du sport. Le semestre d’hiver s’achèvera à la fin de septembre et celui d’automne, qui débutera au milieu d’octobre, se terminera extraordinairement en janvier 2013. Pour ceux qui veulent voir, on le voit bien : nous n’avons pas affaire à une session d’automne ordinaire parce que l’école a été oubliée par les libéraux. Le gouvernement libéral, pour être plus précis, a improvisé une sortie de crise en prenant en otage une partie de la population. Toutes les personnes qui ont été paralysées par la grève historique, une grève qui en vérité continue encore, sont aujourd’hui prises en otage et doivent obéir à de nouvelles consignes provenant d’en haut. Ce texte voudrait mieux faire comprendre la « non-rentrée » 2012 et montrer qu’une gouvernance politique est petite quand elle fait des otages au nom d’une stratégie électoraliste qui boude le bien commun. Lire la suite
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Un gouvernement qui nous fait marcher
« Avec de nouvelles technologies, ne sommes-nous pas train d’assister
à la disparition inéluctable de l’auteur ou du créateur au profit d’une marque »
Paul Virilio
Petite théorie des otages politico-médiatiques
Nous proposons l’idée que le gouvernement ne craint plus les marches pacifiques, et même les casseurs qui s’infiltrent dans les manifestations, car les marches, quand elles ne sont pas déstabilisantes, en viennent à justifier le pouvoir en place. Elles favorisent la constitution d’otages par images. Il convient dès lors pour les autorités de diviser la population afin de profiter de diversions médiatiques qui lui permettront de faire oublier son bilan et d’espérer une réélection lorsque bon lui semblera. S’il utilise habilement les médias circulaires, il parviendra à renforcer son pouvoir. Il n’hésitera pas à stigmatiser des individus et à construire des ennemis faciles à identifier. Et même si des articles traitent du printemps érable à l’étranger, les élections concernent des citoyens qui pourraient avoir oublié le bilan du gouvernement quand ils se présenteront aux urnes.
À qui servent les manifestations ? À ceux qui contrôlent les marques…
D’abord, contrairement à l’idée reçue, ce ne sont pas les associations étudiantes qui font marcher les étudiants et les manifestants mais bien le gouvernement. Les marches sont des réponses au mépris du gouvernement libéral. En effet, les marches, en dépit du fait qu’elles galvanisent les plus radicaux, ont peu d’effet dans les démocraties avancées plus préoccupées d’économie que d’avenir collectif. Les marches et les tintamarres, s’ils ne sont sans doute pas recherchés par le gouvernement, sont des mouvements qui ne le défavorisent pas électoralement parce qu’ils lui permettent de construire une opposition facile à identifier. Au fond, il y a le gouvernement, garant de l’ordre et de la sécurité, et les petits groupes d’éternels insatisfaits de gauche, ceux qui manifestent au sujet de tout et que les médias se plaisent à dépeindre comme des irréalistes. Il y a une étiquette syndicale comme il y a une étiquette pour les carrés rouge et une autre, plus foncée, pour la CLASSE. Au chaud dans les marches, hébergés parmi ceux qui veulent vraiment changer le monde, vivant intensément dans une fraternité en mouvement, certains étudiants ont respiré dans les manifestations et ont été étiquetés. Il n’y a pas d’auteur de manifs, il n’y a que des étiquettes que l’on colle sur ceux qui portent le carré rouge de la résistance à la spirale libérale. Et il se peut que, pour cette raison, le mouvement étudiant soit devenu otage de sa propre mobilisation historique, otage de son image, otage de son label aussi. Lire la suite
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La violence de l’état libéral
Ce texte veut comprendre le contexte dans lequel la grève étudiante est devenue une crise sociale. Il montre d’abord que la position des étudiants repose sur une critique des dérives de la mondialisation qui sévit sur le globe. Or l’attitude autoritaire du gouvernement libéral, qui monopolise les ressources et instrumentalise l’État contre les associations étudiantes, renforce l’interprétation que ces dernières se font de la politique libérale, une politique qui refuse l’hospitalité et qui confond la sphère privée avec la répartition des biens communs. Le père politique est ici défaillant : impuissant, autiste et revanchard, il prend la porte face aux négociateurs étudiants et souhaite une « accalmie », c’est-à-dire que la rue politique tombe dans le piège d’une « normalisation » de l’état d’exception. Mais cette stratégie est un couteau à double tranchant : l’accalmie rêvée par les politiciens, le patronat et les fans du tourisme peut se retourner contre eux, car on ne souffle pas d’arrogance et de mépris sur un brasier dont les tisons sont encore chauds.
La critique de la mondialisation
D’entrée de jeu, les politiciens et les commentateurs ignorent qu’une bonne partie des étudiants en grève a été formée dans la rue, c’est-à-dire à l’école de l’altermondialisation. Les étudiants vivent à leur époque, qui est celle du Sommet des Amériques, des émeutes du G20 à Toronto, du Printemps arabe, de la Puerta del Sol, des mouvements « Occupy » dont la principale motivation est de dénoncer une mondialisation qui n’a rien d’équitable ni de démocratique. Ces étudiants connaissent les gaz et les bombes lacrymogènes, ils ont appris à utiliser les outils de la résistance politique de leur temps de crise, lequel est de moins en moins démocratique, de moins en moins un temps de dialogue. Ils ont vu que les plus riches refusent d’entendre le discours des plus pauvres et que la mondialisation, plus anglophile que culturelle, avantage toujours les mêmes. En ce sens, le « printemps érable » est bien un printemps politique, car il propose une remise en question radicale d’une gouvernance, de plus en plus monarchique, nous le verrons, éprise de concurrences internationales et de privatisations. Cette idéologie économique, qui ne jure que par le profit, dévaste tout sur son passage et ne peut plus être le discours rendant possible un avenir commun et partagé. La haute mondialisation visée par les étudiants est dépolitisée, polluante et pathologique. Elle refuse l’existence des syndicats, menace les travailleurs et délocalise toute production. C’est une idéologie qui s’incarne dans des pratiques antidémocratiques injustifiables. Le gouvernement libéral renvoie une image que les étudiants ont, à tous les jours, appris à détester, à savoir celle d’un petit groupe de députés qui veille à ses intérêts privés, n’aime pas discuter et qui, au lieu d’écouter, fait preuve d’un paternalisme dépassé. Dans une mondialisation qui ravage tout, le gouvernement libéral ne s’intéresse qu’au capital et n’a qu’un but : défendre les intérêts des capitaux privés au moyen des juges et des forces policières.
Tout le poids de l’État instrumentalisé et retourné contre les étudiants et les manifestants
C’est pour cette raison que le gouvernement se sert de l’appareil politique pour arriver à ses propres fins. Quand en effet le chef du gouvernement n’a pas de langage clair, tient de doubles discours et joue sur les mots, il utilise sa position personnelle et oublie qu’il doit travailler au nom de l’État. Il fait par là preuve d’une violence inouïe. Le premier Ministre Charest s’est mêlé des dernières négociations. Qu’a t-il fait ? Il a rappelé les objectifs de son budget et s’est montré ouvert sur tout, sauf ce qui intéressait les étudiants, c’est-à-dire la hausse des frais de scolarité et la loi 78. Pour lui, toute baisse devait se faire à coût nul car le gouvernement ne voulait pas perdre la face. On le voit bien : il ne se comportait pas en chef d’État, il ne voulait pas sortir de la crise, il ne voulait tout simplement pas s’entendre, et ce n’est malheureusement pas la première fois qu’il agit ainsi.
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