Dans le débat sur la nature et le financement des universités, la frénésie de sondages non probabilistes nous offre un exemple pertinent de là où nous mène la marchandisation du savoir.
Ce fut bien rafraîchissant d’écouter l’émission The Current sur CBC au lendemain des récentes élections en Alberta. Sondages téléphoniques probabilistes et sondages en ligne non probabilistes confondus, tous accordaient la victoire au Wild Rose Party par une marge de 6 ou 7 points sur le Parti conservateur. Résultats : les conservateurs ont triomphé par 10 points du Wild Rose.
Au cours de cette salutaire autopsie, la sondeuse indépendante Janet Brown a rappelé aux auditeurs que les meilleurs sondeurs soulignent que dans leur métier, la certitude n’existe pas. Elle estime, en particulier, que des instantanés simplistes ne sont pas très fiables et que, de façon plus générale, l’activité du sondeur relève davantage d’un art que d’une science.
Pareille humilité est à des années-lumière de l’attitude des tandems CROP/La Presse et Léger Marketing/Journal de Montréal, qui rivalisent de sensationnalisme dans la présentation d’un flot incessant de sondages non probabilistes sur la grève étudiante au Québec. Il y a de l’argent à faire en abusant de la crédulité des gens.
Un étudiant en démographie vient finalement de battre la casserole du bon sens. Dans une lettre à La Presse, Guillaume Marois a opiné que les universités devraient obliger les aspirants journalistes à suivre un cours de statistique. Il déplore notamment que CROP a mené, en plein dévoilement du projet de loi 78, un sondage qui a inspiré à La Presse du 19 mai dernier des manchettes trompeuses, voire mensongères, dont « Sondage favorable à la loi spéciale » et « Les Québécois en faveur de la ligne dure ». Lire la suite

