Bien que ce soit en grande partie grâce aux étudiants que nous sommes actuellement en élections, presque personne ne semble s’intéresser à l’éducation dans cette campagne.
Pauline Marois a cependant abordé le sujet hier, en tenant malheureusement des propos forts peu édifiant :
«Je ne peux dire à la population du Québec que c’est possible d’avoir la gratuité au chapitre des droits de scolarité. C’est ce que je dis à ceux qui veulent voter pour Québec solidaire, que ce n’est pas possible. Si nous faisions cela, nous ne ferions rien d’autre. Nous devons avoir du respect pour tous les autres membres de la population, les autres citoyens»
Investir davantage en éducation, un manque de respect envers les citoyens qui ne vont pas à l’Université?
En ce qui concerne le manque de ressources du Québec à investir en éducation, il me semble qu’il suffit de constater que les smatboards que le gouvernement a décidé d’installer dans toutes les écoles secondaires coûtent à eux seul plus cher que le gel des frais de scolarité. L’argent est là, mais le gouvernement, fidèle en cela à la doctrine néolibérale, ne veut surtout pas d’une approche socialiste de l’éducation.
Mais il y pire encore dans la déclaration de Pauline Marois.
Comme tous ceux qui affirment qu’il est en un sens injuste que ceux qui n’iront jamais à l’université paient pour ceux qui y vont, la chef du PQ présuppose qu’une bonne éducation apporte un avantage avant tout personnel. Cette croyance repose sur une profonde mécompréhension de la notion de bien commun. Le bien commun est le bien de la communauté politique en tant que telle. Une communauté a des intérêts qui dépassent ceux des individus qui la composent. Même ceux qui n’iront jamais à l’école de leur vie ont tout intérêt à vivre dans une société où se trouve le plus grand nombre possible de personnes éduquées. Car plus une société est éduquée, plus elle est libre et démocratique. Les médias n’auront pas le choix de mieux faire leur travail s’ils savent que la population est plus instruite. Et ceci n’est qu’un exemple du bien que procure la gratuité scolaire à la communauté politique.
Nous voyons donc ici l’individualisme du discours de Pauline Marois. Elle présuppose que c’est la somme des bonheurs individuels qui produit le bonheur général, et ne tient pas compte du bien de la communauté politique. Or, notre véritable intérêt personnel est l’intérêt collectif, car nous serions rien sans la société qui nous ce que nous sommes.
Les récents propos de Pauline Marois sur les frais de scolarité sont un signe de sa mécompréhension de la notion de bien commun, notion pourtant essentielle à connaître pour qui se prétend apte à être chef d’un État.
François Doyon, enseigant en philosophie au cégep de Saint-Jérôme