Diviser pour régner: un chaos social inacceptable ?

Cette semaine, le conflit opposant le gouvernement Charest et les associations étudiantes a pris un tournant qui, je crois, passera à l’histoire.  La ministre Beauchamp est directement responsable du chaos social dans lequel notre jeunesse et, plus largement, notre société québécoise est en train de s’enliser… Tandis que la Fédération des cégeps invite les étudiants par « pédagogie pragmatique » à retourner en classe, que plus d’un millier de professeurs réclament la démission de la ministre de l’Éducation, que les injonctions des étudiants se multiplient les liguant ainsi, tristement, les uns contre les autres, la Ministre daigne ENFIN entrouvrir la porte à la tenue d’une concertation sur la gestion des universités, mais sous condition! Et sans toutefois répondre aux revendications patientes que les associations étudiantes tiennent depuis près de onze semaines! Comment ne pas être colère contre ce trop peu presque trop tard?

Nous assistons à la fragmentation insidieuse des diverses instances oeuvrant pour une sortie de crise. À qui la faute? Par son refus d’agir de manière responsable, le gouvernement s’appuie maintenant sur le système de justice, en prenant les étudiants (et les professeurs?) en otage, pour sortir de l’impasse dans lequel il s’est buté, incapable qu’il est d’accepter de négocier sans conditions préalables. Le gouvernement, élu démocratiquement, ose utiliser des moyens d’exclusion tels que celui de diviser les associations étudiantes pour régner comment il tente de le faire. Pour sortir de la crise, ce gouvernement compte-t-il sur le chaos social dans lequel, par son obstination, il nous précipite tous?

Il est minuit moins une… Combien de jours et d’heures devrons-nous encore attendre pour qu’une rencontre ait lieu alors qu’elle aurait dû être planifiée dès l’après 22 mars. Cette journée rouge, où 200,000 personnes se sont réunies à Montréal, avait pourtant sonné l’alarme, mais il a fallu attendre 23 jours plus tard pour qu’une ouverture de la Ministre semble envisagée.

Pour plusieurs cégeps, la session est définitivement mise en péril, les diplômes et les cours, s’ils peuvent être repris, le seront nécessairement « à rabais ». Décidément, si cette génération connaitra les hausses de scolarité attendues pour lesquelles ce gouvernement est intraitable, elle aura aussi à porter le fardeau d’un diplôme obtenu avec des compétences fragmentées. Comme professeure de cégep, j’assiste, sans autre recours que celui d’ajouter ma voix à celles de toutes les autres, à la mort annoncée d’une revendication sociale démocratique d’envergure sans précédent. Comme mère d’une jeune étudiante au cégep, j’assiste à la lente agonie des espoirs démocratiques et à la montée d’une fracture idéologique envers le gouvernement libéral. À ce jour, la seule issue de sortie de crise qui me semble possible est de mettre en place, immédiatement, un moratoire et la tenue d’États généraux sur le financement des universités. Les étudiants pourront alors retourner en classe, et le gouvernement du Québec retrouvera peut-être sa dignité.

Nathalie Cloutier

Professeure au cégep de Saint-Laurent

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Fille de l’ancien ministre de l’Éducation du Québec (1972-1975), François Cloutier.

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