Bonjour à vous,
Je, Marcela Fajardo, femme, citoyenne, maman et professeure, vous écris aujourd’hui car je suis profondément inquiète de la situation actuelle au Québec. Mes étudiants en grève depuis février dernier, j’ai pu observer et participer au mouvement étudiant, auprès de milliers d’autres citoyens et groupes qui ont joint leurs voix à ces jeunes, engagés, créatifs, persévérants, éveillés et courageux.
Mais j’ai aussi pu observer et vivre les multiples tentatives du gouvernement, celui qui devrait être « notre » gouvernement, de taire ce mouvement en le discréditant cyniquement — ne se gênant pas pour utiliser à nos frais (celui de ses chers « contribuables ») tout type de propagande — et en le réprimant durement, avec la complicité de la justice, des forces de l’ordre et des médias.
Devant l’imminence de la convocation d’élections au Québec, devant l’appui aux Libéraux — minoritaire, mais appui tout de même — d’une partie de la population, devant une opposition progressiste divisée qui risque de diviser le vote et d’ouvrir grand la porte aux Libéraux, je vous écris car il est urgent de répondre à l’appel des centaines de milliers de citoyens québécois en invitant tous les partis progressistes à former un front uni.
S’unir ne signifie pas pour autant renoncer à vos différences. Québécoise d’origine chilienne, j’ai pu voir au Chili au lendemain de la dictature, naître une coalition de partis aux idéologies bien différentes (les Démocrates chrétiens avaient soutenu au départ le coup d’État alors que les Socialistes s’y étaient opposés), coalition qui a permis pendant deux décennies de battre les partis de droite proches de Pinochet et reconstruire tant bien que mal un pays défiguré par la dictature.
S’unir signifie simplement vous donner et donner aux citoyens la possibilité de mettre dehors les Libéraux pour enfin pouvoir repenser démocratiquement le Québec dans lequel nous voulons vivre.
Grâce au mouvement initié par les étudiants nous avons enfin au Québec la possibilité de reprendre notre destin en main, de débattre tous ensemble de nos valeurs et de faire les choix collectifs éclairés et citoyens, plutôt que de subir passivement voire trop souvent cyniquement les décisions de nos politiciens — politiciens qui reduisent la démocratie au vote, comme si le fait d’être élus leur permettait de faire comme bon leur semble avant les prochaines élections.
Ayez le courage de mettre vos citoyens de l’avant. Ne réduisez pas la politique à de la simple partisanerie. Ayez confiance dans les citoyens et donnez-nous le moyen par ce front uni de jeter dehors les Libéraux et tous ceux qui ne croient plus en la démocratie.
Profitez de cette brèche ouverte par les étudiants, brèche pleine de possibilités, de mobilisation, de débat et d’espoir.
Le temps presse!